jeudi 17 juillet 2008

Ecrire


Dans l’univers de l’écriture, tout devient prétexte. Pré-texte par l’histoire qui existe déjà avant de former le premier mot. Le potentiel est là tout entier pour celui qui a l’œil ouvert. Un objet, une photo, un parfum, un vers… Du simple peut naître le complexe. Et sans complexe peut revenir au simple.

Ecrire c’est matérialiser une vision intérieure. C'est donner forme à l'indéfini selon ses intuitions. C’est risquer l’inconnu, oser pénétrer dans le vague sans connaître la destination. Se laisser porter par ses impulsions pour apprendre le sens des ses courants marins intimes. C’est révéler ce dont nous sommes nous-mêmes pas conscients. Se rapprocher de l’essentiel. Du fondamental dans un éclair de lucidité soudaine. C’est donner une voix à une partition muette. C’est laisser le désir se nourrir au lieu de l’affamer. C'est à la fois repousser les frontières et les rendre accessibles. C’est tracer les contours de pays auparavant imaginaires. C’est tirer des terres du ventre sombre des abysses maritimes. Ecrire c’est chercher à connaître et se connaître. Comprendre les origines et la source comme le destin et sa finalité. C'est apprivoiser l’espace et le temps l’espace d’un temps infime. C’est donner naissance à celui que nous sommes et en faire un autre au cours de la traversée. C’est s’éprouver par les écueils, chavirer, se perdre, s’accrocher et se retrouver C’est illuminer la part cachée, immergée. Poser l’énigme.C’est une faim de loup, un état avide. Une envie de chair qui nous est chère. C’est prolonger la nuit ou faire jour. Habiter les incontournables silences de la vie alors qu’en fait tout en soi crie.C’est ouvrir les yeux sur le quotidien avec ce petit rien de distance. Se faire révélateur. C’est plonger au cœur du réel et s’y faire acteur.C’est vouloir l’absolu absolument. C’est aspirer. C'est vouloir expliquer le flot continu des paradoxes de la trame de la vie. C’est l’envie de rassembler les morceaux disjoints. C’est le plaisir d nager dans les flots de la curiosité. Ecrire c’est au-delà du simple cliché, une manière d’immortaliser des instants de vies, réels ou imaginaires. Les rendre précieux, trésors de l’esprit où ils se cachent.

Ecrire c’est avouer que le désir nous constitue. Nous libère et nous rend esclave. C’est le laisser prendre les commandes, lui faire confiance en tant que révélateur de l’authentique.C’est notre humble lutte contre l’inertie. Notre contribution à l’évolution aveugle qui nous fit naître et poursuit son chemin avec l’air de nous ignorer. C’est vouloir articuler notre vision du monde. Dénoncer les travers, célébrer les vertus. Ne pas rester cois. Tenter sa chance à la loterie de l’essentiel et du futile. Tirer le plus de numéros possible.

C’est s’engager sur une route non balisée pour une destination obscure, sans carte et sans boussole. C’est se fier à l’instinct. C’est se livrer entier au plaisir d’inventer des mondes. C'est dire sans expliquer. C’est montrer pour faire connaître. C’est exprimer le provisoire, l'imparfait.

C’est prêter sa plume aux petites voix, aux babillages intérieurs. C’est ouvrir la porte à la sagesse millénaire, aux chants collectifs de la noosphère, aux murmures secrets de la vie C'est trouver sa place et son rythme dans le monde Dégager les motifs dans les terres archéologiques de sa personnalité. Faire résonner les harmoniques. Forger ses propres métaphores. Bâtir ses mythes.

Transformer la matière brute. Modeler la pâte. Passer de l’émouvante forme de la Willendorf aux sublimes détails de la Pieta. Sculpter sa représentation personnelle su monde.

Tricoter l’écharpe de la vie par l’assemblage des mailles de la vérité et du mensonge. Faire preuve d’audace. Fouiller dans son armoire à images, faire reluire le cuivre de mots. Assembler les hasard et laisser glisser la plume.

Repousser la peur dans ses retranchements, la distancier dans l’essoufflement d’une course folle. Ecrire en guise de bouclier.

Laisser en rade la rationalité. Dépasser la seule critique. Laisser venir l’inspiration aiguiser le crayon de sa sensibilité. Laisser percoler les eaux souterraines et envahir le jardin par la menthe fraîche de la poésie.

C’est se créer un atelier intérieur.. Fait de plaisir et de labeur. Où l’on trouve plus de plomb que d’or, où l’on éprouve le poids des choses et éveille ce qui dort.

Se donner le droit au non-sens. Oublier les mariages de convenance. Consciemment se livrer à l’Inconscient.

Créer des espaces ouverts, des interlignes. Contempler le vide à ses pieds. Laisser le sol se dérober. Et alors improviser.

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