jeudi 17 juillet 2008

Bribes d'enfance


Nostalgique on contemple l’enfant dans son carré de sable qui bâtira des châteaux en Espagne. A l’insouciance, aux grandes douleurs des petits qui contemplent le désastre du cornet vide et de la boule qui s’étale sur le trottoir. Aux petits bonheurs, aux aventures inhabituelles, tour de poney ou bivouac par une nuit étoilée avec grand-père. Aux le`con de la vie que l’on ne connaît pas encore. Aux amours où tout est noir ou blanc. A toutes les richesses que 50 sous peuvent acheter au dépanneur du coin. Aux merveilles naturelles que l’esprit curieux interroge comme les mystères des carottes du jardin et des herbes de grand-mère aux noms étranges. Aux secrets partagés avec le premier ami et aux promesses solennelles et éternelles. A l’émerveillement inattendu de la première pièce de musique classique et à l’enchantement qui ne disparaîtra plus. Aux contes, aux périples et odyssées que proposent les premiers livres lus seuls au pied d’un arbre dans un par cet terminés sous la couverture à la lumière d’une lampe de poche. A toutes les règles, les contraintes, et les préjugés auxquels l’enfant échappe. A la sagesse et aux savoirs intuitifs de ceux qui sont heur comme deux pommes. Au comptoir de patisseries et au drame du choix. A tous les pots aux milles trésors que l’on ne peut atteindre. A l’adoration de la première bicyclette rouge. A la vocation de photographe qui naît avec le cadeau du premier appareil. A l’énergie qui ne fait jamais défaut. Aux rêves qui sont toujours possibles, multiples et beaux, Aux histoires personnelles que l’on se raconte avec des personnages de plastique. Aux luttes de pouvoir, au mensonge encore ignorés. A la cabane dans les arbres, au cheval bricolé, à l’ingéniosité déployée pour transformer la simple boite de carton en un palais branlant. Aux plaisirs de la neige, aux igloos et aux mitaines glacées. Aux représentations données aux adultes sur une scène de fortune A la joie de la transformation lors d’une fête costumée. A l’attente fébrile des soirs de Noël. A la douceur du chocolat de Pâques dont on se barbouille.. A toutes ces choses que plus tard l’adulte regrette de ne plus savoir apprécier. Les enfants sont de grands maîtres et des sages desquels il nous faut réapprendre.

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Entrer dans la maison de son enfance et naturellement retrouver ses marques. Comme si on ne l’avait jamais quitté. Ou être déboussolé par les changements importants apportés par le nouveau propriétaire.

Ouvrir toute grande la porte des souvenirs, desceller les volets de la mémoire, tirer le tapis du paillasson de ses débuts, regarder par la fenêtre de l’expérience, monter au comble des vieilles sensations oubliées. La cour des possibles avec se arbres aux rêves.

L’enfance est une maison que le propriétaire absent oublie parfois d’entretenir.

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Pour le philosophe, seul le présent a de la valeur. Si l’enfance existe il faut la trouver en soi, maintenant. Pour le psychologue, le passé et l’enfance recèlent les secrets du présent et conditionne le futur. Pour le politicien, l’enfance c’est l’Avenir.

L’enfant lui veut grandir. L’adulte regrette l’insouciance de l’enfance.

L’enfance c’est le temps et l’espace vierge qui se tient devant nous. La page blanche, l’empreinte qu’il reste à imprimer.

Si le passé rend adulte, l’avenir offre l’occasion d’un retour à la simplicité, au regard limpide, à la naïveté. Peu nombreux sont ceux qui savent saisir cette chance.

Du moment où l’ange pose son doigt sur les lèvres de l’enfant pour le faire taire, il oublie ce qu’il sait et l’homme apprend à réapprendre.

Le réel secret est que la jeunesse est dans l’avenir. Le savoir confère le pouvoir. La maîtrise de l’environnement, la confiance en soi.

Retrouver sa place auprès du grand secret. Le sourire sans arrière-pensée, l’acte gratuit sans calcul. L’audace et la moquerie de la comparaison. Au lieu de regarder en arrière avec la nostalgie du non-retour. User du pouvoir de cultiver son avenir.

Aménager l’espace pour faire place aux meubles du temps.

Apprécier ce qui a été connu, étape nécessaire et unique. Filer vers l’avant vers un ailleurs toujours différent et pourtant si semblable.

Jeunesse éternelle dont on se libère de l’obsession. Sagesse reconquise à coup de grands et de petits moments. Amalgame et mélange des « moi » de chaque époque, qui s’imbriquent telles des matriochka.

L’avenir avale l’enfance, il s’en nourrit comme un insensible Chronos.

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L’enfance est un jeu dont on oublie les règles simples pour apprendre celle complexes des adultes. L’enfance est la grâce d’un rayon de soleil qui vient jouer sur un berceau. Les grandes volontés enfermées dans de petits corps. Les espérances ayant la densité des trous noirs. L’énergie d’une bombe atomique.

L’enfance c’est le papillon qui tisse ses ailes, la chenille qui apprend le synchronisme des pattes, la chrysalide qui s’enroule dans le secret de ses voiles.

L’enfant est le nu qui s’ignore. Roi sans habit. Le futur adulte qui se drapera. Puis un jour celui qui souhaitera à nouveau redevenir nu.

L’enfance est le doué qui s’ignore, le cancre aussi. L’égalité devant le banquet de la vie.

L’enfance c’est l’odeur du châle de la mère, la douceur de la courtepointe. Le goût du chocolat chaud matinal. Le bruit de grenouille un soir d’été. La vision de la première vague sur l’océan après une longue route.

C’est la beauté de la cage. L’impatience de celui qui confronte ses limites. Celui qui pourra plus tard, quand il sera grand, habile, fort et sage…

L’enfance est le jardin où se cultive la patience et le caractère. Le lieu de la pure invention. L’absence de masque mais l’occasion de tous les personnages : pompier, médecin, astronaute, chanteur….

L’enfance est une musique qui s’improvise, mesure par mesure parfois sans mesure. C’est le laboratoire des erreurs alors que tout peut encore s’effacer et être repris. Le sable où ce qui s’inscrit finit par se perdre sous une nouvelle inscription. Le moment où chaque chandelle du gateau compte, alors que plus tard, on ne les comptes plus.

L’enfance est le pendule qui oscille entre deux âges, dont la formule est pourtant prévisible malgré ses inconnues.

L’enfance est le lit confortable où l’on saute et s’enfonce, d’oÉu il faut du courage pour se relever.

L’enfance est l’âme naïve qui croit encore aux princes, aux lapins parlant et aux grenouilles couronnées.

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L’enfance c’est le regard clair entre curiosité, incompréhension et reproche.

C’est un continent à la dérive qui fond sous l’action du réchauffement

C’est l’Atlantide perdue, qui engouffre ses trésors dans le bleu des flots

C’est la ville enfouie sous les cendres du volcan, tel Pompéi

L’enfance c’est la joie de Darwin en expédition, la nouvelle espèce découverte au XXIe siècle dans un coin reculé d’Australie

C’est un vêtement troué confortable, où l’on ignore la haute couture et où tout est simple, pur et prêt-à-porter.

C’est une malle où s’entasse pêle-mêle les gris-gris. Les objets fétiches sans valeur : coquillages, rubans, images. Sentimental. Habitude de collectionneur.

Aube ou matinée de l’existence. Pâle soleil qui perce ses premiers nuages. Orages abrupts et inattendus. Ondée de passage. Turbulences imprévisible. Crise sans objet. Coup de vent, tornade.Tsunami.

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