dimanche 27 juillet 2008

La forêt des rois



La forêt des rois est une forêt magique,

S’y sont déroulé des joutes et des combats épiques.

Aujourd’hui plus pacifique,

Les combattants ayant fait la trève,

Les promeneurs désormais y rêvent,

Y réfléchissent sur l’existence trop brève.

Dans cette parcelle d’Angleterre, la vie y a toute éternité.

Il n’y a pas de temps, il s’est comme arrêté.

Peuplés d’habitants géants, plusieurs fois centenaires,

Et d’autres plus nouveaux,

Tous jeunes arbrisseaux,

Fantastique forêt qu’inlassablement mère Nature regénère…

Au cœur de cet univers secret,

D’herbe,s de lianes, de fleurs et de feux follets,

S’élancent deux silhouettes noueuses mais graciles

Abris délicieux de petits mondes fragiles

Arbres matures solidement plantés,

Du hasard, ayant germé, en toute proximité.

Ils ont longuement grandi côte à côte,

Des petits animaux, tous à tour, se faisant les hôtes,

Se partageant le même coin de ciel bleu,

Infiniment grand pour tous les deux,

Le temps a fini par unir leurs branches

Et tous les jours sont alors devenus dimanches.

Au rythme du même mouvement frisson,

Leurs bras ondulent à l’unisson,

Accueillant pareillement le chant du rossignol

Et se faisant l’écho de ses concerts frivoles.

Ils demeurent les éternels complices

Des amants enlacés dans leurs délices.

Sous la terre, se joignent leurs racines

Aussi libres que leurs cimes malines

Ils s’abreuvent de la même eau,

Partageant comme de vrais frères les mêmes idéaux,

Se rappelant peut-être leur origine modeste

D’un gland porté par quelque vent d’est.

Et chaque soir, lorsque la nuit se pose

L’un sur l’autre, ils se reposent

Ne s’étant pas choisi

Et pourtant bons amis

Leurs folles têtes, leur donne à penser

Que l’un de l’autre, ils ne peuvent se priver.

Me promenant moi aussi en solitaire

Sous leur chef, sous leur couvert,

Il m’est facile d’imaginer

Que ces deux compères si bien soudés

Ne sont autres que vous et moi,

Pensée qui me remplit d’un réel émoi…

samedi 19 juillet 2008

Obstacles...


Il n'y a pas d'amour éternel qui ne soit contrarié, pas de passion sans lutte...

jeudi 17 juillet 2008

Fenêtres


Entre moi et le monde, une vitre. Ecrire est une facon de la traverser sans la briser.... C. Bobin

Toi


Te raconter comment ta vie a transformé la mienne. A travers les thèmes qui te sont chers, entrelacés parfois de filigranes qui sont les miennes. Te dire comment, je t’ai retrouvé un jour dans mon capteur de rêve….

Au départ, concrète et pragmatique, comme pour prouver que je ne vis pas de nuages, j'ose à présent avec toi affirmer la part d'intangible et d'inatteignable qui sommeille toujours en moi.

A la seule passion, ma manière usuelle d'avoir le sentiment d'exister et ma carte de visite, s'est substituée une manière d'être plus subtile. Je n'ai pas l'impression de vivre de l'artifice soutenu ou des amours adolescentes.

J'aime penser avoir le luxe de pouvoir tenter de vivre plusieurs vies. De ne pas être contrainte à une seule histoire. Que mon destin n'est pas écrit et que les possibles sont innombrables.

Ainsi,

Etre avec toi, est une manière de perfectionner ma recherche. Tu as fait renaître chez moi l'idéal. L'envie de ne pas cacher ce qui m'est vital.

Etre avec toi est une quête, sur une manière d'être en couple. Voguer ensemble, en repoussant les frontières de l'univers navigable. Trouver l'énergie et le courage d'accomplir ce qui attire et ce qui fait peur.

Etre avec toi, c’est comme se sentir à Québec, protégé de remparts, sur un cap dominant le fleuve des événements qui passent, témoin du passé et tournée vers l’avenir.

Etre avec toi, c’est être comme un poisson dans l’eau, en symbiose parfaite avec les courants, ondulant comme les algues et se laisser glisser en faisant briller es écailles.

Etre avec toi, c’est apprécier le nordique sans jamais avoir froid.

Etre avec toi est une occasion de renouer avec le symbolique. De mieux comprendre les grands archétypes universels qui sont en action et qui façonnent ma vie, aussi sûrement que l'eau érode la croûte terrestre par son lent en patient travail.

Etre avec toi est aussi une forme de repos, par la simplification de mes histoires personnelles. Puisque la nôtre arrive à les regrouper toutes. A assouvir ma soif de multiple. Me sentir comblée plutôt que frustrée des choses qui n'arriveront pas. Nourrie par l'abondance de l'unique.

Etre avec toi, c'est aussi apprécier la vie dans la richesse de sa complexité. Savoir et accepter qu'il n'y a pas de terrain sûr, de situation définitive. Et jouir de ces incertitudes plutôt que de les craindre.

Etre avec toi, c'est accepter de se révéler, de se montrer sans masque. Avec ses incohérences, ses meurtrissures, ses avidités, ses espoirs déçus, ses caprices d'enfant. C’est savoir encore s’émerveiller devant le charme naturel d’un jardin cultivé, l’audace d’une construction qui défie l’équilibre, l’étrangeté d’une autruche au Jardin des plantes.

Etre avec toi, c'est réussir à faire vivre l'enfant en soi en laissant derrière les enfantillages. C,est à la fois savoir être responsable et insouciant.

Etre avec toi, c'est apprendre à relever les défis et à affronter les grandes et petites difficultés de la vie sans fléchir, sans découragement, bravement. C'est prendre la vie à bras le corps comme elle se présente et en faire une oeuvre d'art.

Etre avec toi, c'est s'enrichir d'une fortune dont rien ne peut me dépouiller. C'est accumuler de l'expérience. C'est renforcer son goût pour l'humain et exercer sa générosité. C'est aussi faire que la préoccupation d'autrui et la disponibilité pour les autres fassent toujours partie de notre vie.

Etre avec toi, c'est partir à l'aventure, varier ses horizons. C'est affronter toutes les conditions et les températures. Survivre ensemble aux sécheresses comme aux moussons. Savoir voyager sur tout les continents, le sien y compris.

Etre avc toi, c'est rechercher de concert le Beau. Là où est, ou, là où il devrait être. C'est apprendre à le faire reconnaître autour dans le naturel comme dans l'artificiel et soi et à le créer là où il n'est pas.

Etre avec toi, c'est privilégier l'être dans l'action. N'avoir besoin de rien et se retrouver dans tout. C'est prendre plaisir à créer et à recréer. Faire jaillir ce qui est caché en soi et germer l'essentiel.

Etre avec toi, c'est vivre dans le plaisir. Celui des sens comme celui de l'esprit. C’est avoir des réserves pour les jours gris.

Etre avec toi, c'est le constant désir de surprendre. De faire que chaque détail, une fête. De contribuer à l'étonnant de la vie. D'avoir envie de faire naître sur tes lèvres un sourire, de voir un souci s'envoler comme l'oiseau.

Etre avec toi c’est avoir le sentiment de compter, de faire une différence, de mieux sentir sa valeur. C’est être un Mont-Blanc au lieu d’une plume Bic.

Etre avec toi, c'est choisir ce qui a de l'importance. Ne remplir ses bagages que de choses qui comptent pour ne pas se retrouver un jour à payer un excédent. Tout en sachant apprécier et conserver une part d'inutile, qui ainsi se révèle utile.

Etre avec toi, c'est décider de guérir de ses blessures. D'oublier ce qui est néfaste et ce qui empêche de porter le regard plus loin. Se libérer de ce qui retient et entrave. Ce qui prive de la jouissance entière.

Etre avec toi, c'est se retrouver dans un corps plus vaste. S’est se trouver si proche et avoir l’impression que ta verge est mienne. Avec de nouveaux frissons et des sensations inédites. C'est explorer des espaces aux confins de soi. C'est prendre conscience de ce qui nous semble acquis et qui pourtant est rarement conquis. C'est apprivoiser ton univers charnel et partager nos ying et yang. Apprendre le goût des choses à commencer par soi. C’est se laisser séduire par l’agilité d’une langue et se laisser pénétrer par elle.

Etre avec toi, c'est être lucide. C'est, tout en rêvant, savoir distinguer le possible de l'impossible.

Etre avec toi, c'est apprendre aussi la folie. De dépasser ce qui nous a été enseigné.

Etre avec toi c'est aussi savoir profiter du temps. C'est être assez sage pour savoir écouter le passage des nuages ou admirer leurs transformations successives au cours de son imprévisible périple. C’est prendre le temps de découvrir la toile céleste différente tous les jours.

Etre avec toi, c'est renouer avec les règles de l'alchimie ancienne. Transmuter les choses pour en tirer le meilleur. C’est vouloir tout transformer en confitures.

Etre avec toi, c'est chaque jour composer un nouveau parfum. Savoir choisir les notes, pour un accord hamonieux. Ne pas oublier les notes de fond, de coeur et lde tête.

Etre avec toi, c'est aussi pouvoir concevoir la vie sans toi tout en désirant ne jamais devoir le faire.

Etre avec toi, c'est constamment réinventer, à la manière de la vie même, l'évolution comme une autojustification.

Etre avec toi, c'est être émue jusqu'aux larmes par l'intime compréhension que le sens se fabrique ensemble au fur et à mesure. Qu'il n'est pas donné ou prédéterminé. Qu'il n'est pas le seul fruit du hasard, mais procède grandement de la volonté.

Etre avec toi, c'est savoir que tout peut s'arrêter soudainement et ne pas avoir de regret pour des actes manqués ou suspendus. Pour une parole essentielle qui n'aurait pas été prononcée.

Etre avec toi, c'est permettre à la poésie d'entrer dans ma vie. De trouver des rimes, qui me permettront de faire quelques pieds de plus. D'associer des mots à des rythmes. De faire des mariages d'idées incongrus ou incontournables. Du conventionnel à l'actuel. A travers les vers, apprendre à se tourner vers. Par les mots et les images qu’ils dessinent, apprendre l’ouverture.

Etre avec toi, c'est à la fois savoir donner un sens à mes insomnies et ne pas laisser le sommeil gagner son esprit. C'est savoir rester en éveil.

Etre avec toi, c'est une musique, composée jour après jour, après jour. Se faire un compositeur discret, à l’ombre des grands maîtres, mais compositeur tout de même. Savoir écouter, ne serait-ce que d’une seule oreille et se laisser charmer par des mélodies sans pareilles. Un duo qui aspire au trio, au quintet jusqu'à l'orchestre...

Etre avec toi, c'est retrouver le sens de la parole. Celle donnée, celle prononcée.

Etre avec toi, c'est avoir le goût de s'engager. De contribuer à la collectivité. De se créer par conviction, un nouveau pays. Oser le politiquement correct et penser de manière indépendante.

Etre avec toi, c’est apprécier une sieste tranquille. C’est célébrer la farniente un dimanche matin paisible ou s’esclaffer devant une simple émission de télévision comique ou un western-spaghetti.

Etre avec toi, c’est bâtir aussi en dehors de l’architecture. Trouver un fondement, une structure qui convienne, dont la solidité ne serait pas compromise et dont les lignes seraient novatrices et audacieuses.

Etre avec toi, c’est savoir choisir ses batailles. Savoir ce qu’il faut accepter et ce qu’il faut combattre. Savoir si l’on est héros ou Don Quichotte.

Etre avec toi, c'est échapper aux griffes de l'effrayant et dévastateur sentiment de solitude. Empêcher de sombrer dans l'enfermement et la stérilité de la vie pour soi. C’est exercer son égoïste à la générosité du temps consacré à l'autre. C'est jeter des ponts depuis son île sur d'autres rivages. C’est comme Pénélope tromper l’attente.

Etre avec toi, C’est tirer la langue au néant. C’est faire du plein avec du vide. C’est comme Prométhée voler le feu aux Dieux.

Etre avec toi, c’est se moquer de Chronos. Faire une grimace à l’avenir. C’est faire sa marque pour défier le temps. C’est se tailler un morceau d’éternité.

Etre avec toi, c’est être gourmand de la vie. Chercher la saveur qui émoustille les papilles. Savoir se repaître de poutine ou de galantine.

Etre avec toi, c’est un rire qui fuse spontanément. Voir le côté comique, loufoque et positif de choses. C’est comme un gamin également savoir se moquer de ce que l’on ne peut contròler. Faire de l’humour avec ce qui n’est pas toujours drôle.

Etre avec toi, c’est porter de l’attention au visible. Comme une photo où l’on immortalise le réel d’après sa vision du monde, en tentant d’apporter un regard neuf. En osant la nouveauté. Et aussi à l’invisible.

Etre avec toi, c’est comme flâner dans un café parisien. S’ouvrir aux milles douceurs des boutiques spécialisées.

Etre avec toi, c’est sans cesse penser en philosophe. Ne pas laisser passer une occasion de connaître, d’apprendre et d’apprécier. C’est être curieux de tout., penser l’actualité des désastres comme la révolution des astres. C’est apprendre à aimer la sagesse.

Etre avec toi, c’est faire entrer le loup dans la bergerie, le renard dans le poulailler. C’est l’étincelle près du baril de poudre. C’est aussi parfois être la poule qui se laisse porter par la brebis.

Etre avec toi c’est oser sortir de l’anonymat. Avoir confiance en soi et en ses talents. Sortir l’argenterie en dehors des repas de réception. Ecrire pour se dire. Ecrire pour faire advenir.

Etre avec toi, c’est se laisser porter par le flot. Laisser couler l’inspiration et les mots qui abondent. Ne pas se laisser arrêter, se prendre pour James Bond.

Etre avec toi, c’est enfin laisser éclater son originalité. Laisser flotter son message propre, tout comme un flocon de neige descendu du ciel pour nous parler de son mystère et de son immensité.

Etre avec toi, c’est créer de l’espace. Dans sa tête et autour de soi. C’est ajouter à ce que crée déjà la vie, c’est la parfaire aussi en soi.

Etre avec toi, c’est aller au-delà de l’image. C’est apprécier les instantanés de la vie et les clichés que tu sais si bien prendre pour croquer un morceau d’éternité.

Etre avec toi, c’est vouloir que la fantaisie habite sa vie comme dans une toile de Riopelle et son étrange et riche série Rosa Luxembourg.

Etre avec toi, c’est apprécier tout le romantisme caché, ancré de longue date dans ta plus profonde fibre. C’est deviner avec plaisir cette noblesse aujourd’hui si rare…

Etre avec toi, c’est à la fois vouloir apporter de la lumière dans ton côté « dark » et vouloir rester debout devant la porte de la pièce obscure pour admirer avec respect un mystère qui nous dépasse et nous intrigue.

Etre avec toi, c’est vivre comme dans une bande dessinée. Avec quelques cases de sexe, quelques blagues et quelques intrigues inattendues.

Etre avec toi, c’est se laisser sculpter par les mains d’un Rodin qui nous rend femme. En courbes et en douceur.

Etre avec toi, c'est avec plaisir se laisser inspirer pour mieux respirer. C’est avoir l’impression de pouvoir écrire de telles phrases indéfiniment, sans pouvoir s’arrêter, tant il y a à dire et à découvrir… C’est se laisser emballer par les pensées et les images que tu suscites….

Etre avec toi, c'est être avec moi, c'est être avec nous, c'est être avec Tout.

Bribes d'enfance


Nostalgique on contemple l’enfant dans son carré de sable qui bâtira des châteaux en Espagne. A l’insouciance, aux grandes douleurs des petits qui contemplent le désastre du cornet vide et de la boule qui s’étale sur le trottoir. Aux petits bonheurs, aux aventures inhabituelles, tour de poney ou bivouac par une nuit étoilée avec grand-père. Aux le`con de la vie que l’on ne connaît pas encore. Aux amours où tout est noir ou blanc. A toutes les richesses que 50 sous peuvent acheter au dépanneur du coin. Aux merveilles naturelles que l’esprit curieux interroge comme les mystères des carottes du jardin et des herbes de grand-mère aux noms étranges. Aux secrets partagés avec le premier ami et aux promesses solennelles et éternelles. A l’émerveillement inattendu de la première pièce de musique classique et à l’enchantement qui ne disparaîtra plus. Aux contes, aux périples et odyssées que proposent les premiers livres lus seuls au pied d’un arbre dans un par cet terminés sous la couverture à la lumière d’une lampe de poche. A toutes les règles, les contraintes, et les préjugés auxquels l’enfant échappe. A la sagesse et aux savoirs intuitifs de ceux qui sont heur comme deux pommes. Au comptoir de patisseries et au drame du choix. A tous les pots aux milles trésors que l’on ne peut atteindre. A l’adoration de la première bicyclette rouge. A la vocation de photographe qui naît avec le cadeau du premier appareil. A l’énergie qui ne fait jamais défaut. Aux rêves qui sont toujours possibles, multiples et beaux, Aux histoires personnelles que l’on se raconte avec des personnages de plastique. Aux luttes de pouvoir, au mensonge encore ignorés. A la cabane dans les arbres, au cheval bricolé, à l’ingéniosité déployée pour transformer la simple boite de carton en un palais branlant. Aux plaisirs de la neige, aux igloos et aux mitaines glacées. Aux représentations données aux adultes sur une scène de fortune A la joie de la transformation lors d’une fête costumée. A l’attente fébrile des soirs de Noël. A la douceur du chocolat de Pâques dont on se barbouille.. A toutes ces choses que plus tard l’adulte regrette de ne plus savoir apprécier. Les enfants sont de grands maîtres et des sages desquels il nous faut réapprendre.

* * *

Entrer dans la maison de son enfance et naturellement retrouver ses marques. Comme si on ne l’avait jamais quitté. Ou être déboussolé par les changements importants apportés par le nouveau propriétaire.

Ouvrir toute grande la porte des souvenirs, desceller les volets de la mémoire, tirer le tapis du paillasson de ses débuts, regarder par la fenêtre de l’expérience, monter au comble des vieilles sensations oubliées. La cour des possibles avec se arbres aux rêves.

L’enfance est une maison que le propriétaire absent oublie parfois d’entretenir.

* * *

Pour le philosophe, seul le présent a de la valeur. Si l’enfance existe il faut la trouver en soi, maintenant. Pour le psychologue, le passé et l’enfance recèlent les secrets du présent et conditionne le futur. Pour le politicien, l’enfance c’est l’Avenir.

L’enfant lui veut grandir. L’adulte regrette l’insouciance de l’enfance.

L’enfance c’est le temps et l’espace vierge qui se tient devant nous. La page blanche, l’empreinte qu’il reste à imprimer.

Si le passé rend adulte, l’avenir offre l’occasion d’un retour à la simplicité, au regard limpide, à la naïveté. Peu nombreux sont ceux qui savent saisir cette chance.

Du moment où l’ange pose son doigt sur les lèvres de l’enfant pour le faire taire, il oublie ce qu’il sait et l’homme apprend à réapprendre.

Le réel secret est que la jeunesse est dans l’avenir. Le savoir confère le pouvoir. La maîtrise de l’environnement, la confiance en soi.

Retrouver sa place auprès du grand secret. Le sourire sans arrière-pensée, l’acte gratuit sans calcul. L’audace et la moquerie de la comparaison. Au lieu de regarder en arrière avec la nostalgie du non-retour. User du pouvoir de cultiver son avenir.

Aménager l’espace pour faire place aux meubles du temps.

Apprécier ce qui a été connu, étape nécessaire et unique. Filer vers l’avant vers un ailleurs toujours différent et pourtant si semblable.

Jeunesse éternelle dont on se libère de l’obsession. Sagesse reconquise à coup de grands et de petits moments. Amalgame et mélange des « moi » de chaque époque, qui s’imbriquent telles des matriochka.

L’avenir avale l’enfance, il s’en nourrit comme un insensible Chronos.

* * *

L’enfance est un jeu dont on oublie les règles simples pour apprendre celle complexes des adultes. L’enfance est la grâce d’un rayon de soleil qui vient jouer sur un berceau. Les grandes volontés enfermées dans de petits corps. Les espérances ayant la densité des trous noirs. L’énergie d’une bombe atomique.

L’enfance c’est le papillon qui tisse ses ailes, la chenille qui apprend le synchronisme des pattes, la chrysalide qui s’enroule dans le secret de ses voiles.

L’enfant est le nu qui s’ignore. Roi sans habit. Le futur adulte qui se drapera. Puis un jour celui qui souhaitera à nouveau redevenir nu.

L’enfance est le doué qui s’ignore, le cancre aussi. L’égalité devant le banquet de la vie.

L’enfance c’est l’odeur du châle de la mère, la douceur de la courtepointe. Le goût du chocolat chaud matinal. Le bruit de grenouille un soir d’été. La vision de la première vague sur l’océan après une longue route.

C’est la beauté de la cage. L’impatience de celui qui confronte ses limites. Celui qui pourra plus tard, quand il sera grand, habile, fort et sage…

L’enfance est le jardin où se cultive la patience et le caractère. Le lieu de la pure invention. L’absence de masque mais l’occasion de tous les personnages : pompier, médecin, astronaute, chanteur….

L’enfance est une musique qui s’improvise, mesure par mesure parfois sans mesure. C’est le laboratoire des erreurs alors que tout peut encore s’effacer et être repris. Le sable où ce qui s’inscrit finit par se perdre sous une nouvelle inscription. Le moment où chaque chandelle du gateau compte, alors que plus tard, on ne les comptes plus.

L’enfance est le pendule qui oscille entre deux âges, dont la formule est pourtant prévisible malgré ses inconnues.

L’enfance est le lit confortable où l’on saute et s’enfonce, d’oÉu il faut du courage pour se relever.

L’enfance est l’âme naïve qui croit encore aux princes, aux lapins parlant et aux grenouilles couronnées.

* * *

L’enfance c’est le regard clair entre curiosité, incompréhension et reproche.

C’est un continent à la dérive qui fond sous l’action du réchauffement

C’est l’Atlantide perdue, qui engouffre ses trésors dans le bleu des flots

C’est la ville enfouie sous les cendres du volcan, tel Pompéi

L’enfance c’est la joie de Darwin en expédition, la nouvelle espèce découverte au XXIe siècle dans un coin reculé d’Australie

C’est un vêtement troué confortable, où l’on ignore la haute couture et où tout est simple, pur et prêt-à-porter.

C’est une malle où s’entasse pêle-mêle les gris-gris. Les objets fétiches sans valeur : coquillages, rubans, images. Sentimental. Habitude de collectionneur.

Aube ou matinée de l’existence. Pâle soleil qui perce ses premiers nuages. Orages abrupts et inattendus. Ondée de passage. Turbulences imprévisible. Crise sans objet. Coup de vent, tornade.Tsunami.

Curieux procès


Dans un pays Quelconque, dans la ville de N’importe où se tenait le procès de l’Ego. La foule se pressait aux abords du Palais de justice. Tous se sentaient concernés par l’affaire. Touchés de quelque manière par le sort que l’on ferait à l’ego. On avait bien tenté d’étouffer l’histoire. D’opposer des moyens de défenses préliminaires pour faire avorter le procès Peine perdue. On quelqu’un cherchait à rendre l’Ego coupable d’un crime qui n’était pas encore clair. On a bien aussi tenté de prétendre que le Juge n’avait pas compétence. Puis qu’il devait se rétracté pour des raisons de conflits d’intérêts. Qu’il serait en l’espèce en quelque sorte un peu juge et partie. Mais le juge rejetta l’argument et en appel la Haute cour estima que tout juge saisi de l’appel serait dans une situation similaire et qu’en conséquence conflit il n’y avait pas. L’Ego confiant en sa cause et son bon droit, en sa verve et ses talents d’orateur et aussi de séducteur, habitué au public, refusa d’être représenté par un savant procurer. L’estime de soi le rendait d’ailleurs bavard. Il avait un auditoire pour se faire valoir et entendait en profiter. Il allait faire preuve de virtuosité et user de tous ses stratagèmes. Briller de toutes ses facettes. Il pouvait prendre le monde entier pour témoin. Certain que tous lui étaient attachés et que personne ne lui était hostile. Même le procureur chargé de l’Accusation, lui adressait de grands sourires. Tous seraient indulgents, de cela il n’avait aucun doute. Personne ne se risquerait à lui jeter la pierre. Il avait de bons arguments à faire valoir. Il savait comment se justifier et démontrer son incontestable innocence et son utilité pour l’humanité, malgré quelques effets secondaires collatéraux somme toute négligeable. Les bénéfices dépassaient selon lui largement les inconvénients inévitables.

En cas de trouble, il prévoyait citer à comparaître son ami de longue date Freud. Si crime il y avait, ce dernier était pavé de bonnes intentions et surtout d’une bonne dose d’inconscience. Il y avait également Jung. Mais sa théorie d’inconscient collectif trop avant-gardiste pouvait faire dérailler le procès. Mais il n'eut pas à chercher si loin...


L'Affaire dérangeait beaucoup trop. L'inconfort était grand, la plupart préféraient oublier la Cause. Et plusieurs avait intérêt à ne pas soulever le voile.De remise en remise, il y eu finalement non-lieu. L'humanité doit donc toujours négocier avec un Ego en liberté....

Rimes


La source que l’on croyait tarie

Finalement rejaillit

Ce qui a pris du temps pour devenir mûr

A présent à mon oreille mumure

Les mots se bousculent

Pour composer les notes d’un opuscule

Sans emphase, dans la simplicité

Loin de désirer d’être un jour cité

Ecrire la torture

D’un coeur qui n’est pas sûr

Ecrire pour faire entrer un peu d’air

Dans une vie sous cloche de verre

Se lever de bon matin

Se prendre pour un nouveau Bobin

Aux mots affilés

Au plus coupant de la vie qu’on s’est inventée.

Espérer traduire l’intraduisible

En mots éclatés et fissibles

Accoucher d’un texte impossible

A la marge de l’incompréhensible

Faire des associations heureuses

A l’agencement surprenant et d’une hauteur vertigineuse

Frapper l’imaginaire

D’images dont on ne peut se défaire