
Ecrire a été une de mes grandes révélations… J’ai toujours aimé gribouillé et aux dires de mes parents un de mes grands bonheurs fut à compter de l’âge de 2 ans de barbouiller avec frénésie avec des crayons de cire, papiers, nappe de plastique et murs…. J’en suis d’ailleurs restée avec la fatigante manie de faire des listes pour tout et pour rien… J’avais 4 ans quand j’ai rédigé sous la dictée de ma mère ma première liste d’épicerie. Fascination complète pour ce mode de communication, où par des signes l’on pouvait graver une idée qu’un autre pouvait parfaitement décoder. Procédé magique aux multiples possibilités. Encoder, créer, provoquer, évoquer…Cette découverte Ecrire est devenu consubstantiel, essentiel. A aucune époque de ma vie je n’ai délaissé complètement le crayon ou le clavier pour noter mes impressions. Relation durable à laquelle pourtant je n’ai consacré qu’une infime partie de mon temps, si l’on exclut bien sûr les travaux, devoirs, rapports et contrats rédigés par obligation scolaire ou professionnelle.
Ainsi, la lecture a enrichi mes horizons et mon vocabulaire. J’ai collectionné les mots jolis, inusités ou qui sonnent musicalement bien, et les ai mis en réserve pour utilisation ultérieure. J’ai lu le dictionnaire, comme on entreprend une quête folle… Tout cela pour apprendre à relater, retranscrire. J’ai eu du plaisir à apprendre les figures de styles, comme certains apprennent les règles incontournables de la gastronomie… Peut-être aussi parce que l’on brode son écriture ou qu’on la savoure… Que serait-il advenu si j’avais vraiment consacré du temps à cette activité ? Si j’en avais fait ma priorité ? Peut-être une habileté plus grande à faire défiler les mots, peut-être une carrière en journalisme,… et peut-être rein de plus.
Déjà la lecture et la fréquentation des auteurs m’ont apporté moult manières d’aborder le monde et de le traduire. Mais elle a aussi figé l’élan. Ainsi comment surpasser ceux qui font montre d’autant de talent et d’originalité ? A moins de les égaler, point de salut pour mes Écrits. Le jugement critique a finit par envahir tout l’espace jusqu’à devenir un frein total. A quoi bon, si ce n’est que pour déballer des idées et des formes convenues, attendues et sans originalité ? Des auteurs comme Warren, Bobin ou Lalonde qui vous clouent sur place par leurs mots-flèches et leurs expressions divines… J’ai tenté les ateliers d’écriture pour n’en revenir que plus complexée et submergée par une impression d’incapacité chronique, qui me faisant abandonner mes carnets pour quelques temps. Ainsi, la performance prend aisément le pas sur le jeu. Si écrire ce texte est un petit plaisir, il est également une torture. Disons que le laisser vivre, je ne dois voir ce texte que comme un exercice…Il est difficile de donner une forme définitive, de considérer le résultat abouti. En fait, j’ai toujours eu un tendre penchant pour les œuvres inachevées…
En outre, en raison de mon indécision chronique pas question de roman-fleuve, ce n’est certes pas mon rayon. J’ai du mal à produire des dialogues entre mes personnages, ce procédé me rend inconfortable et a du mal à retenir mon intérêt… Je n’ai certes pas le talent théâtral de Schmitt. Comme si pour moi, la seule voix possible état celle d’un tiers observateur, d’un narrateur ou peut-être bien d’un je un peu poncif. Mes projets de longue haleine sont souvent morts dans l’ovule, c'est-à-dire même avant l’œuf ! Cette entreprise n’est pas à ma portée. Le doute m’assaillant au premier chapitre ferait avorter l’oeuvre dans son enfance… Je n’ai d’avenir et d’attirance que pour les textes courts, petits concentrés d’idées, un peu comme à l’image de M. Campbell. J’aime la poésie, mais il me manque une certaine folie, ma raison m’interdisant de divaguer et de dériver… Je n’arrive pas à transcender le sens du mot, pour leur permettre des agencements débridés, nouveaux et leur permettre de s’évader de leur portée usuelle et leurs racines logiques… Impossible de franchir la clôture du rationnel. Pour le reste, si je me fie à la littérature contemporaine, ma vie et celle de mes amies ne sont pas suffisamment fascinantes pour en tirer quelques autofictions… En outre, j’aurais en horreur de faire dans le banal et le déjà-vu, ce qui semble pourtant ne pas déranger outre mesure plusieurs auteurs à la mode… D’ailleurs la collection hétéroclite de nouveaux noms qui défilent sur les étagères de nos librairies est ahurissante, à croire que tout le monde cache en soi un écrivain public… Disons que j’ai mes doutes sur ce phénomène. De certains, je n’avais aucune attente et de d’autres je suis aussi profondément déçue… Peut-être est-ce moi qui n’ai pas saisi le sublime dans l’ordinaire, le génial dans le commun ?… En outre, il m’apparaît trop facile de critiquer alors que je n’ai moi-même aucun livre à mon actif….
C’est l’idée de la conception qui me fascine et je crains l’exécution… J’ai plutôt cultivé l’art de la courte pointe, développé un goût aigu pour les microfictions et les réflexions. Je suis davantage une idéiste. Axée sur le rendu bref et frappant d’un constat, d’une contradiction.
Dans ce domaine, tout me reste donc à découvrir. Disons, que je sais déjà que je n’ai pas le talent fulgurant qu’il faut pour que l’Histoire en retienne quelque chose. C’est ce qui m’attriste et parfois je préfère rompre avec l’activité plutôt que de côtoyer de trop près cette incapacité qui subtilement distille son poison et me tue Abandonner avant même de commencer. Lâche, probablement…
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